Le poids du silence

Dans les affaires de pédophilie, les faits sont souvent occultés : pour des raisons différentes, toutes les personnes concernées maintiennent le silence.

Du côté de l’agresseur

Le silence fait partie intégrante de la personnalité de l’agresseur : celui-ci est enfermé dans un monde de toute-puissance, de déni des différences de sexe et de génération. Le silence est indispensable, à la fois pour garder la victime en son pouvoir, et pour tromper son entourage.

Dans ses rapports avec la victime

  • Par la séduction, l’agresseur entraîne le ou les enfants et les jeunes dans sa vision. Il les soumet au silence par la menace, ou bien sous prétexte d’un secret ou d’un plaisir partagés. Il les soumet aussi par l’affection qu’il leur porte.
  • Le silence lui permet de dénier la gravité de l’acte et de ses répercussions sur la victime, en invoquant le consentement ou même la demande de l’enfant.

Dans ses rapports avec l’entourage

  • Lorsque l’agresseur a une personnalité clivée, son double discours engendre l’incrédulité et le malaise de l’entourage. La partie saine de sa personnalité, son statut social et culturel, ses engagements professionnels, font douter de la réalité de tels actes.

Du côté de l’enfant

L’enfant se heurte à un véritable mur de silence.

Dans ses rapports avec l’agresseursite pedoph9

  • L’enfant a peur : l’agresseur lui a fait promettre le secret sous la menace, ou bien celui-ci est une personne qui a autorité sur lui, ou encore quelqu’un qui est, pour tous, une référence morale qu’il ne peut accuser.
  • Quand il s’agit d’un proche incestueux, il est partagé entre le fait qu’il n’aime pas cela, mais aime celui qui l’agresse. Il a peur de déchirer sa famille et d’en être tenu pour responsable.

Dans ses rapports avec l’entourage

  • L’enfant parle mais on ne sait pas l’entendre, ou bien il n’a pas les mots pour expliquer et craint de ne pas être cru. Il parle souvent plus tard, lorsqu’il n’est plus en contact avec son agresseur.
  • Il a honte : il se sent coupable de ne pas avoir su refuser, ou d’y avoir ressenti du plaisir ou satisfait sa curiosité.
  • Il pense que ce qu’il subit est normal, que tous les adultes sont d’accord sur cela.

Du côté des parents

Le silence peut parfois être choisi avec les meilleures intentions. Mais il est plus souvent le résultat du profond désarroi que crée ce genre de situation.

Dans leurs rapports avec l’enfant

  • Les parents ne décodent pas ou ne croient pas ce que dit l’enfant.
  • Ils ne veulent pas traumatiser davantage l’enfant et préfèrent laisser les choses se cicatriser.
  • Ils pensent que l’enfant va oublier et qu’il ne faut surtout plus en parler.

Dans leurs rapports avec l’entourage

  • Ils ne veulent pas s’engager dans une procédure judiciaire, qu’ils ne maîtrisent pas, qui fait peur et qui risque de coûter cher.
  • Ils ont peur du « qu’en-dira-t-on ».
  • Il arrive qu’il y ait une forme de complicité des adultes, y compris des parents, qui trouvent leur compte à fermer les yeux, pour sauvegarder l’image d’un couple, pour respecter une autorité supérieure etc.

Du côté des institutions

Le silence a souvent été un réflexe de protection des institutions, mais il reflète aussi la difficulté d’appréhender ce type de situation.

Dans leurs rapports avec l’agresseur ou l’enfant

  • Il est tellement difficile d’imaginer ces faits commis par des collègues apparaissant irréprochables que les responsables de l’institution n’y croient pas.
  • Par méconnaissance du fonctionnement de la justice, on ne sait pas comment gérer ces situations, ni quelles mesures prendre pour les empêcher.

Dans leurs rapports avec le monde extérieur

  • La réputation et l’image de l’institution (Église, mouvement, association sportive, établissement scolaire…) ont pu sembler plus importantes que la dénonciation publique de faits concernant une ou plusieurs personnes.
  • Les membres d’une institution sont identifiés à celle-ci : la mettre en cause revient pour certains à se dévaloriser personnellement.